Pourquoi les témoignages comptent

L’adoption internationale est une expérience profondément personnelle, mais elle n’est pas solitaire. Des milliers de familles françaises l’ont vécue et la vivent encore. Leurs récits sont des ressources inestimables pour ceux qui s’engagent dans ce chemin — et pour ceux qui cherchent simplement à comprendre.

Ces témoignages sont recueillis avec l’accord des familles. Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat des enfants. Certains témoignages, partagés à l’époque de l’ancien site, ont été anonymisés et mis à jour pour respecter le contexte actuel.

« La Russie nous a donné ce que nous cherchions depuis si longtemps » — Marie et Luc, Lyon

Adoption depuis la région de Nizhny Novgorod, 2007. Adoption d’un garçon de 18 mois.

Quand nous avons commencé les démarches en 2005, la Russie était dans la liste des pays recommandés par notre OAA. Les délais semblaient raisonnables, la procédure était connue et encadrée. Nous ne savions pas encore qu’on allait rencontrer un pays, pas seulement un enfant.

Le premier voyage de rencontre en novembre 2006 a été un choc — de beauté et d’émotion. La maison d’enfants était propre, le personnel attentionné. Notre fils, Pavel — que nous appelons Paul aujourd’hui, mais qui choisira peut-être un jour de reprendre son prénom russe — nous a regardés avec des yeux immenses, sans sourire, sans larmes. Une évaluation froide et sagace qui nous a fait rire aux larmes plus tard.

Le tribunal, en janvier 2007, était une pièce de théâtre judiciaire sobre et touchante. Le juge nous a demandé pourquoi nous voulions adopter en Russie. Luc a répondu, en russe approximatif : Ya lyublyu Rossiyu — j’aime la Russie. Un murmure a parcouru la salle. L’assistante sociale a souri pour la première fois.

Paul a 19 ans aujourd’hui. Il étudie l’architecture. Il a demandé à faire un voyage en Russie l’année prochaine — non pour retrouver sa famille biologique, mais pour voir la ville où il est né. Nous l’accompagnerons.


« Quand la loi Dima Yakovlev est tombée, nous avions déjà rencontré notre fille » — Sophie, Bordeaux

Dossier interrompu en janvier 2013. Adoption finalement réalisée depuis la Colombie, 2015.

Nous avions rencontré Anya en octobre 2012. Elle avait 3 ans. Deux voyages, deux rencontres, un lien qui s’était noué. Notre dossier était en attente du second passage au tribunal quand la loi Dima Yakovlev a été promulguée le 28 décembre 2012.

Le 2 janvier 2013, notre OAA nous a appelés. Je n’ai pas besoin de décrire ce que j’ai ressenti ce jour-là.

Ce qui m’a sauvée, dans les mois qui ont suivi, c’est la colère. Une colère froide, constructive, qui m’a poussée à ne pas m’effondrer. Avec mon mari, nous avons décidé de ne pas abandonner — pas Anya, qui resterait dans sa maison d’enfants sans nous puisque la loi l’avait décidé, mais le projet d’être parents adoptifs.

En 2014, nous avons déposé un dossier en Colombie. En mai 2015, Lucia — elle a choisi ce prénom elle-même — est arrivée dans notre vie. Elle a 13 ans aujourd’hui. C’est une adolescente brillante, un peu chaotique, qui joue de la guitare et fait du cheval.

Et Anya ? Nous ne savons pas. Son dossier sur notre écran d’ordinateur, avec ses deux photos tremblantes, restera toujours quelque part dans notre mémoire. On espère qu’elle va bien.


« L’adoption m’a appris la patience — une vertu que je n’avais pas du tout » — Antoine, célibataire, Paris

Adoption depuis les Philippines, 2019. Adoption d’un garçon de 4 ans.

Je suis entré dans le processus d’adoption en célibataire, à 38 ans. Tout le monde pensait que c’était une mauvaise idée — les amis, la famille, même quelques professionnels de l’adoption. « C’est pour les couples. » « Tu n’as pas de stabilité. » « C’est égoïste. »

Sept ans plus tard, j’ai un fils de 11 ans qui est la chose la plus sensée que j’aie jamais faite.

La procédure aux Philippines a duré 4 ans. Quatre ans de dossiers, de traductions, de voyages, de rendez-vous à l’ambassade, d’attentes anxieuses. Quatre ans pendant lesquels j’ai appris, lentement, à lâcher prise sur ce que je ne contrôlais pas.

Rafael est arrivé à Paris en août 2019. Il a regardé la tour Eiffel depuis le taxi, puis m’a demandé si on pouvait s’arrêter manger une pizza. C’était exactement la bonne réaction. C’était lui.

Ce que je voudrais dire aux célibataires qui hésitent : c’est plus difficile, c’est vrai. Mais l’amour parental n’est pas proportionnel au nombre de parents. C’est la chose la plus simple et la plus vraie que j’aie apprise dans cette aventure.


« Notre fils russe nous a appris à nous voir différemment » — Hélène et Pierre, Strasbourg

Adoption depuis la région de Perm, 2009. Adoption d’un garçon de 2 ans et demi.

Nous avions déjà deux enfants biologiques quand nous avons décidé d’adopter. Certains dans notre entourage ne comprenaient pas — « pourquoi compliquer la famille quand ça marche bien ? »

Parce que nous croyions qu’une famille peut s’agrandir par choix, pas seulement par biologie. Et parce que Dimitri — c’est son prénom russe, qu’il a gardé — méritait une famille.

La rencontre a été étrange. Il nous regardait avec une méfiance calculée, jouait seul dans un coin, acceptait les bonbons sans sourire. La directrice de la maison d’enfants nous a dit en russe : Il est intelligent. Trop intelligent. Il a appris à ne pas s’attacher. C’était à la fois une mise en garde et, à notre oreille, un compliment.

La première année en France a été difficile. Des crises, des rejets, des moments de coupure totale du contact. Et puis un soir, Dimitri s’est endormi sur le canapé contre moi, sa main dans la mienne. Un geste anodin pour un enfant ordinaire. Pour lui, c’était une déclaration.

Il a 18 ans cette année. Il parle russe avec un accent français. Il cuisine le borchtch aussi bien que sa grand-mère imaginaire. Et il a la même méfiance calculée dans le regard — mais maintenant, elle est suivie d’un sourire.


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